Alors qu'Hydro-Québec prévoit ajouter plus de 10 000 MW de nouvelles capacités éoliennes d'ici 2035, en plus des 4 000 MW déjà installés dans 45 parcs, QuébecOiseaux appelle à une mise à jour des méthodes d'évaluation des risques pour les oiseaux. Le nouvel appel d'offres dans le sud du Québec pourrait à lui seul ajouter de 1 500 à 3 000 MW, et le mégaprojet Wocawson évoqué au Bas-Saint-Laurent illustre l'ampleur que peuvent maintenant atteindre les projets envisagés. Les éoliennes elles-mêmes changent d'échelle, certains projets récents prévoyant des tours atteignant environ 200 m de hauteur, comparativement à 125 à 135 m pour bon nombre de celles actuellement en exploitation.
Pour QuébecOiseaux, organisme de conservation qui collabore déjà avec plusieurs acteurs de la filière éolienne, cette transition énergétique n'est pas remise en question. L'organisme souligne toutefois que les connaissances scientifiques sur les passages migratoires et les mesures d'atténuation progressent rapidement, alors que la présentation officielle de la stratégie d'Hydro-Québec, centrée sur les grands projets et la planification du réseau, reste discrète sur la protection de la biodiversité.
Les éoliennes ne sont évidemment pas la seule menace qui pèse sur les oiseaux : la perte d'habitats, les changements climatiques et les collisions avec d'autres infrastructures contribuent déjà au déclin de nombreuses populations. Chaque nouveau projet reste toutefois une occasion d'éviter d'ajouter une menace supplémentaire.
Le choix du site, première ligne de défense
La mesure de protection la plus efficace reste le choix de l'emplacement des éoliennes. QuébecOiseaux recommande d'éviter les habitats d'espèces en situation précaire et les secteurs où les oiseaux se concentrent en migration. Or, les connaissances sur les principaux corridors migratoires du Québec demeurent incomplètes. Radars, suivi acoustique et télémétrie pourraient être mis à contribution pour cartographier ces zones sensibles.
La Grive de Bicknell illustre bien cet enjeu : l'essentiel de son aire de nidification mondiale se trouve au Québec, et plusieurs secteurs où elle niche se situent justement sur des crêtes à fort potentiel éolien. Un modèle de qualité d'habitat pour cette espèce est disponible auprès du gouvernement du Québec et devrait être considéré tôt dans la planification des projets.
Des effets qui dépassent les collisions
L'organisme rappelle aussi que les impacts d'un parc éolien ne se limitent pas au risque de collision. Des travaux menés en Gaspésie sur l'Aigle royal montrent que la perte fonctionnelle d'habitat, soit l'abandon ou la sous-utilisation de secteurs autrement propices en raison de la seule présence des éoliennes, peut aussi affecter les populations.
Cet enjeu prend une importance particulière à mesure que les projets changent d'échelle. Un parc compact laisse généralement aux oiseaux des possibilités de contournement, mais lorsque plusieurs grands parcs se succèdent dans un même axe migratoire, les effets peuvent s'additionner. QuébecOiseaux recommande que ces effets cumulatifs soient évalués à l'échelle d'une route migratoire entière, et non uniquement projet par projet.
Atténuation et suivi
Même dans les sites bien choisis, le risque de collision ne disparaît pas complètement. Plusieurs mesures peuvent le réduire, dont rendre les pales plus visibles, ralentir ou arrêter temporairement les turbines lors de passages migratoires importants, ou utiliser radars et intelligence artificielle pour cibler les périodes à risque.
QuébecOiseaux souligne enfin l'importance des suivis post-construction, qui doivent mesurer les impacts réels et l'efficacité des mesures d'atténuation. Pour les espèces en situation précaire, l'organisme note que le simple suivi de leur présence ne suffit pas : des données sur le succès reproducteur et la survie sont souvent nécessaires pour déterminer les effets à long terme.
Les décisions prises aujourd'hui façonneront le territoire québécois pour des décennies. La biodiversité doit donc être au cœur de la stratégie éolienne, au même titre que la production d'énergie, les coûts et l'acceptabilité sociale.
Photo des éoliennes de Cap-Chat par Jean Gagnon


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