Parcs solaires en zone agricole : un appel à la protection des milieux naturels

Parcs solaires en zone agricole : un appel à la protection des milieux naturels

À la suite de l’article publié ce matin dans Le Devoir concernant le développement de parcs solaires sur des terres agricoles du sud du Québec, QuébecOiseaux tient d’abord à réaffirmer son appui à la transition énergétique et à la nécessité de développer des sources d’énergie renouvelable. La lutte contre les changements climatiques constitue un enjeu majeur et urgent, qui commande des actions structurantes.

Cela dit, l’organisation souhaite exprimer ses vives préoccupations quant aux impacts potentiels de certains projets de parcs solaires au sol sur la biodiversité, particulièrement dans le sud du Québec.

Le sud du Québec représente déjà l’une des régions les plus transformées et fragmentées du territoire québécois. Les milieux naturels y sont rares, morcelés et soumis à de fortes pressions liées à l’urbanisation, à l’agriculture intensive et aux infrastructures. Dans ce contexte, QuébecOiseaux estime que les terres agricoles, particulièrement celles dont la rentabilité est plus faible sur le plan strictement économique, comme les friches et les terres marginales, devraient prioritairement être restaurées et converties en milieux naturels plutôt que transformées en parcs solaires industriels.

Ces habitats dits « marginaux » sont en réalité essentiels pour de nombreuses espèces d’oiseaux champêtres dont les populations déclinent de façon préoccupante depuis plusieurs décennies. Les friches, prairies naturelles et bandes herbacées constituent des sites de nidification, d’alimentation et de halte migratoire cruciaux pour des espèces comme le Goglu des prés, le Bruant sauterelle ou la Sturnelle des prés, toutes associées aux paysages agricoles ouverts.

« Dans le sud du Québec, chaque hectare de milieu semi-naturel compte. Nous devons éviter d’ajouter une nouvelle pression dans des régions déjà critiques pour le maintien de la biodiversité », souligne Jean-Sébastien Guénette, directeur général de QuébecOiseaux.

Lors d’une récente participation au Colloque francophone d’ornithologie en France, des représentants de QuébecOiseaux ont d’ailleurs constaté l’ampleur des inquiétudes exprimées par la communauté scientifique européenne face aux impacts cumulatifs des parcs solaires au sol sur la biodiversité. Plusieurs intervenants y ont rapporté des pertes d’habitats, une fragmentation accrue des milieux ouverts et des effets négatifs sur les espèces spécialisées des paysages agricoles.

QuébecOiseaux appelle donc à une planification territoriale rigoureuse, fondée sur des données scientifiques solides et une analyse des impacts cumulatifs sur les écosystèmes.

Si le gouvernement du Québec souhaite explorer davantage cette filière, QuébecOiseaux recommande que le développement de parcs solaires au sol soit priorisé dans des secteurs où les pressions sur la biodiversité sont moindres, notamment plus au nord du territoire, et qu’il privilégie d’abord l’installation sur des surfaces déjà artificialisées (toitures, stationnements, infrastructures existantes).

« La lutte contre les changements climatiques et la protection de la biodiversité ne doivent pas être mises en opposition. Elles doivent avancer de concert. Le sud du Québec ne peut pas se permettre de perdre davantage de milieux naturels », conclut M. Guénette.

 

Photo: une friche herbacée regorgeant d'espèces vivantes non rentables, par Renée Roy Baillargeon

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